AU MEETING DU 6 DECEMBRE 2025
POUR L’ANNIVERSAIRE DE LA LOI DE SÉPARATION DES ÉGLISES ET DE L’ÉTAT
En tant que francophile, j’ai été surpris et horrifié de découvrir, dans le cadre de mon travail sur les abus sexuels commis par des membres du clergé, principalement pour les Nations Unies, des preuves irréfutables que l’État français est institutionnellement soumis à l’Église catholique1.
Malgré la montagne de preuves d’abus sexuels commis par des membres du clergé sur des enfants, les deux chambres du Parlement n’ont pas eu le courage d’ouvrir une enquête indépendante. Au lieu de cela, elles ont exhorté l’Église à s’autocontrôler, ce qui revient à demander à un enfant de corriger ses propres devoirs.
L’Église a mis en place une commission d’enquête (CIASE)2 et j’ai fait de nombreuses suggestions à son président, critiquant en particulier le fait que la CIASE n’ait pas recommandé, comme l’avait demandé l’ONU, « l’établissement de règles, de mécanismes et de procédures clairs pour le signalement obligatoire à la justice de tous les cas présumés d’abus sexuels et d’exploitation d’enfants ».3
Cependant, il faut reconnaître que la CIASE a fait appel à des statisticiens pour estimer le nombre de mineurs ayant été victimes d’abus dans le cadre de l’Église catholique française depuis 1950. Ils ont conclu qu’il y en avait 330 000, ce qui suggère qu’il y a probablement eu plus d’un million de cas d’abus de ce type. Alors, pourquoi n’y a-t-il pratiquement eu aucune poursuite contre les auteurs de ces abus ou contre ceux qui n’ont pas signalé les cas dont ils avaient connaissance ? Je pense que cela s’explique par un échec institutionnel quasi total de la police et du système pénal français à tous les niveaux.
Le plus haut dignitaire catholique français, le cardinal Barbarin, n’a pas nié avoir omis de signaler qu’il avait connaissance d’un ecclésiastique qui avait abusé de nombreux scouts, dont le nombre serait supérieur à 3 000, et a été condamné pour cette omission. La condamnation a été prononcée malgré le refus du procureur de la République d’agir, puis sa tentative de saboter la poursuite judiciaire privée (couronnée de succès) financée par les victimes et la National Secular Society britannique, dont je suis le président. Les tribunaux de toutes les instances, y compris la Cour de cassation, se sont également inclinés devant l’Église en annulant cette condamnation. Ils l’ont fait en statuant (de manière fallacieuse, à mon avis) que l’obligation de signaler les abus revenait à l’Église plutôt qu’aux victimes lorsqu’elles atteignaient l’âge adulte et étaient saines d’esprit. Ces tribunaux devaient savoir que la plupart des victimes ne révèlent jamais les abus subis et que celles qui le font ne le font généralement qu’à l’âge mûr. Mais ils ont tout de même rendu leur décision.
Le plus choquant a été l’action et l’inaction du gouvernement français jusqu’au plus haut niveau. Les représentants du gouvernement ont ignoré de manière flagrante toutes les questions posées par le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies, par écrit4 et oralement, sur le seul sujet des abus commis par le clergé, malgré les rappels.
Le Comité a donc demandé des comptes à l’État partie5 sur ses nombreuses lacunes en matière de protection des mineurs contre les abus commis par des membres du clergé.
Depuis lors, nous avons vu l’ancien Premier ministre Bayrou nier de manière peu crédible avoir eu connaissance des abus généralisés commis sur des élèves de l’école catholique privée de Bétharram, et être soutenu dans cette démarche par le président.6
Ces échecs démontrent comment, au cours de notre vie, des centaines de milliers de victimes innocentes ont souffert de manière intolérable, beaucoup d’entre elles voyant leur vie complètement ruinée par les actes criminels commis par des membres de l’Église. Pourtant, ces derniers sont restés largement impunis, car l’État, qui devrait protéger les plus vulnérables, s’est montré totalement indifférent à leurs souffrances et aux crimes commis.
La révolution de 1789 et les réformes de 1905 étaient censées empêcher l’Église d’être au-dessus des lois, mais je crains qu’elle le soit toujours. Nous devons faire beaucoup plus pour sensibiliser l’opinion publique à ce sujet et chercher à inverser cette tendance.
1 tbinternet.ohchr.org/_layouts/15/treatybodyexternal/Download.aspx?symbolno=INT%2FCRC%2FNGO%2FFRA%2F50889&Lang=en
4 tbinternet.ohchr.org/_layouts/15/treatybodyexternal/Download.aspx?symbolno=CRC%2FC%2FFRA%2FQPR%2F6&Lang=en para 21
5 https://docs.un.org/en/CRC/C/FRA/CO/6-7 paras 27 and 28